Un peu d’histoire…

Contenu publié le : 12 octobre 2018

Dès le 18e siècle, certains écrits médicaux français mentionnent déjà un syndrome diagnostiqué : la «tombée de la luette». Il y est question d’une luette enflée, d’un manque de sommeil et d’une santé générale altérée. De nombreux personnages historiques ayant joué un rôle de premier plan dans l’Histoire en furent atteints, tels Dionysius d’Héraclée, Winston Churchill ou encore Napoléon Ier . Ce dernier, réputé pour peu dormir et se lever plusieurs fois par nuit pour travailler, aurait en fait été atteint du syndrome d’apnées du sommeil. Plusieurs signes iraient dans ce sens, notamment une somnolence importante pendant la journée, une altération de ses capacités intellectuelles ainsi qu’une prise de poids importante sur la dernière période de sa vie.

Longtemps ignoré, le syndrome d’apnées du sommeil (SAS) a été décrit en 1956 sous le nom de « syndrome de Pickwick » lorsqu’un groupe de médecins américains a remarqué que certains de leurs patients obèses se plaignaient de fatigue extrême, et qu’ils pouvaient s’assoupir de manière totalement involontaire. Ils lui donnent alors le nom de « syndrome de Pickwick » faisant référence  à l’un des personnages du  roman de Charles Dickens qui a la particularité  de s’assoupir debout. Les médecins ont – incorrectement – attribué cette envie irrépressible de dormir à la conjugaison de deux facteurs: le surpoids et un taux anormalement élevé de dioxyde de carbone dans le sang.

En 1965, Henri Gastaut, un médecin spécialiste de l’épilepsie, remarque chez des patients endormis atteints du « Syndrome de Pickwick » des arrêts répétés de la respiration, c’est alors qu’on lui donne le nom d’ « apnée », terme composé du grec a- privatif et du verbe grec -pnée signifiant « souffler, respirer » : privé de respirer.

En 1972, le Dr Christian Guilleminault définit le syndrome d´apnées obstructives du sommeil (SAOS). Il se caractérise par la présence de plus de 5 apnées par heure de sommeil chez le patient. Que celui-ci souffre, ou non, en plus, d’une hypoventilation alvéolaire ou de l’obésité.

Dans les années 1970, un australien, le Dr Colin Sullivan passe quelques années dans une Université de Toronto pour étudier les rythmes de la respiration des chiens pendant leur sommeil (les chiens molossoïdes sont les seuls animaux, en dehors des humains, pouvant être victimes de l’apnée du sommeil). De retour à Sydney  il travaille au sein du service des maladies respiratoires du Royal Price Alfred Hospital de Sydney et il y traite des patients souffrant de divers troubles respiratoires. Cependant le souci principal de ces patients demeure le ronflement.

Mieux que nombre de ses confrères, le Dr Sullivan sait que le ronflement est le symptôme fréquent d’une pathologie sérieuse: l’apnée du sommeil qui a été identifié tout récemment.

Ces années passées à étudier les chiens lui ont donné une idée et il élabore un masque adapté aux museaux de ses sujets canins. Le masque pompait l’air ambiant, ce qui augmentait la pression dans la gorge et l’empêchait de se resserrer. Des expériences furent ainsi menées, et montrèrent que l’apport constant en air améliorait considérablement la qualité de leur sommeil. En 1980, le Dr Sullivan testa sa découverte sur un homme qui était atteint d’un SAS si sévère que le médecin recommanda une trachéotomie sur le champ (à cette époque, l’un des seuls traitements reconnu contre l’apnée du sommeil). Ce patient refusa la trachéotomie mais accepta d’être volontaire pour tester l’invention du Dr Sullivan. Ce dernier avait construit un modèle expérimental en récupérant le moteur d’un aspirateur et en y fixant des tubes en plastiques puis en ajoutant un masque de plongée dont les bords étaient recouvert d’un enduit silicone afin d’empêcher toute fuite d’air : le traitement par pression positive continue (PPC) était né ! Ce n’est donc que depuis 1981 qu’existe un traitement constamment efficace :  la ventilation par pression positive continue.

Les principaux bénéfices concernent l’amélioration de la vigilance diurne, mais certaines études font état d’une réduction de la mortalité, du nombre d’accidents cardiaques et d’une baisse des accidents de la route.

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